Pour Mélodie Ducoeur, le succès fut fulgurant. C’est pendant la pandémie qu’elle s’essaye pour la première fois à l’écriture en tentant d’imaginer un monde d’après pour les bébés décédés à la naissance. Le premier essai sera le bon, sa nouvelle remporte le concours. À partir de ce moment, tout s’emballe. La vie de la maman belge bascule vers une carrière d’écrivain. La nouvelle primée se transforme en roman pour adultes : Le Royaume de Séraphin. Viendront ensuite plusieurs adaptations : un roman pour ado, un album pour enfant et un roman de Noël.
Après avoir gagné ce concours pendant la pandémie, vous auriez pu vous arrêter là, reprendre le cours de votre vie, mais vous avez choisi d’embrasser cette carrière d’écrivain. Pourquoi ?
Ce sont les réactions des lecteurs à la nouvelle qui m’ont poussée à continuer. Certains m’ont confié que mon texte leur avait rendu le sourire, alors qu’ils traversaient la perte d’un enfant. J’ai été touchée, presque surprise, en découvrant que des professionnels du deuil périnatal recommandaient mon livre à leurs patients. À ce moment précis, j’ai compris que je pouvais offrir du réconfort, que mes mots avaient ce pouvoir-là. C’est ce sentiment qui m’a donné l’élan de poursuivre, d’aller plus loin avec cette histoire.
Pourquoi avoir décidé d’adapter votre roman dans une version pour les jeunes adolescents ?
La nouvelle s’articulait autour du décès périnatal, mais le roman aborde aussi le harcèlement scolaire, une réalité douloureuse pour de nombreux enfants. Pourtant, il me semblait que le texte original ne convenait pas aux plus jeunes, surtout en dessous de 14 ans, non pas à cause de la difficulté de lecture, mais du sujet lui-même. J’ai donc imaginé une version spécifiquement pensée pour les adolescents, en mettant l’accent sur la question du harcèlement. J’ai choisi de raconter l’histoire à travers les yeux de Dimitri, un garçon atteint de TDAH, mis à l’écart par ses camarades. Montrer les épreuves de Dimitri, c’était inviter les jeunes lecteurs à comprendre ce que vivent les victimes, à mesurer la portée de chaque mot, chaque geste. J’avais aussi envie de tendre la main à tous les enfants qui se sentent différents, leur montrer qu’ils ont leur place et qu’ils peuvent accomplir de grandes choses.
Vous avez également décidé de faire du Royaume de Séraphin un album pour les enfants. Là encore, c’est un tout autre exercice. Comment avez-vous abordé ce nouveau défi ?
L’idée de transformer l’histoire en album jeunesse s’est imposée rapidement. Après la publication de la nouvelle, plusieurs personnes m’ont suggéré d’en faire un livre illustré pour enfants, soulignant que ma façon de raconter semblait déjà s’adresser à eux. Le récit original tournait autour de Timéo, un bébé, alors il m’a paru évident de garder son regard pour toucher les plus petits. J’ai voulu, dans cette version, donner une place importante au grand frère de Timéo, pour rejoindre tous ceux qui ont connu la perte d’un frère ou d’une sœur. Ce format permet d’aborder la question du deuil tout en restant à hauteur d’enfant, avec délicatesse et simplicité.
La particularité de cette adaptation en album c’est aussi l’illustration. Comment avez-vous choisi et avez-vous travaillé avec l’illustratrice Mangoo ?
Tout s’est joué en ligne. J’ai publié une annonce, reçu de nombreuses propositions, mais Mangoo s’est démarquée dès le départ. Son premier projet montrait un petit personnage à la peau noire, ce qui m’a immédiatement touchée. J’ai ressenti une vraie connexion, une compréhension instinctive de l’univers que je voulais transmettre. Je ne suis pas illustratrice, alors je lui ai fait confiance, lui laissant la liberté de s’approprier l’histoire. Nous avons collaboré à distance, sans jamais nous rencontrer, et pourtant, le résultat dépassait mes attentes. Une seule fois, j’ai suggéré une modification sur un dessin, preuve que nos sensibilités étaient vraiment en accord. Voir mes personnages prendre vie sous ses crayons a été un vrai plaisir, à chaque étape.
Avec votre dernière œuvre, Noël au Royaume de Séraphin, vous gardez l’univers de Séraphin mais en changeant cette fois d’histoire. Il ne s’agit plus d’adaptation mais d’un tout nouveau récit. Est-ce que ça vous a paru plus difficile à écrire ?
Le premier roman était construit comme un recueil, plusieurs histoires de parents et d’enfants se croisant dans le Royaume de Séraphin. Pour le roman de Noël, j’ai pris un autre chemin : on suit une seule histoire, celle d’une fillette malade dont le rêve est de partir en Laponie. Écrire ce récit m’a permis de me sentir pleinement romancière, d’approfondir un personnage tout au long du livre. Ma façon d’écrire évolue, mais je reste attachée à la clarté, à une écriture fluide, pour que chacun puisse s’y retrouver, même ceux qui ne lisent pas beaucoup. Je cherche un équilibre : un vocabulaire simple, mais jamais appauvri, parce qu’on peut toucher sans compliquer, et raconter sans perdre personne en route.
En quelques mois, Mélodie Ducoeur est devenue une auteure prolifique, jonglant entre les styles d’une façon déconcertante. Un changement de trajectoire express qui lui sied comme une seconde peau et qu’elle doit sans nul doute à sa sensibilité et à la fluidité et la justesse de sa plume.
