En 1910, la rigidité des corsets commence à perdre du terrain face à l’essor des lignes droites et fluides. La haute couture parisienne impose ses codes, mais certains couturiers intègrent déjà des touches venues d’Asie ou d’Afrique du Nord, défiant la tradition française.
Alors que les guerres des brevets sur les tissus synthétiques font rage, la soie reste incontournable, malgré une flambée des prix. Les cercles mondains s’arrachent les créations de Paul Poiret, qui refuse tout compromis avec les conventions de la Belle Époque.
Paris 1910 : une décennie en pleine effervescence créative
Paris s’impose comme une véritable fabrique de nouveautés. Le tumulte artistique, la vie nocturne et les changements sociaux créent une ambiance électrique. L’écho de la modernité se mêle à l’appréhension d’un futur incertain, alors que la Première Guerre mondiale se profile. Les ateliers bourdonnent, les salons bruissent de conversations, et la mode devient le miroir d’une société à la fois insouciante et inquiète.
La diversité des tissus fait sensation : soie chatoyante, laine épaisse, satin lustré, taffetas rigide ou toile plus rustique. Les créateurs rivalisent d’adresse pour transformer ces matières en robes flottantes, tailleurs stricts ou capes audacieuses. On croise aussi bien des étoffes luxueuses que des tissus plus sobres, preuve d’un dialogue permanent entre tradition et envie de renouveau.
La société sent la tension monter. L’ombre du conflit à venir pousse à l’affirmation de soi, à l’audace vestimentaire. Les vêtements servent de manifeste : ils racontent une époque tiraillée entre héritage et soif de rupture. Paris, alors, ne se contente pas de suivre le mouvement, elle le crée, imposant au reste du monde une nouvelle façon d’exister, d’oser, de s’exprimer.
Quels styles et innovations ont marqué la mode féminine et masculine ?
La décennie des années 1910 bouleverse la silhouette féminine. Paul Poiret, figure de proue de cette révolution, fait disparaître le corset et libère la taille. Les robes adoptent des lignes droites, la jupe descend à la cheville, permettant enfin une démarche plus libre. Le vestiaire féminin s’enrichit de mousseline de coton aérienne, de toile de lin légère, de dentelle délicate et de broderies fines. Les manches gigot, imposantes, structurent les épaules avant de laisser place à des coupes plus sobres. La guerre accélère la transformation : le tailleur s’invite dans la garde-robe, symbole d’une femme active, qui prend sa place dans la société.
Les accessoires ne sont pas en reste. On remarque, dans les tenues, une capeline souple, un petit sac à main, des gants courts, des sautoirs de perles qui dynamisent la silhouette. Les couleurs se diversifient : du pastel discret aux teintes plus affirmées. Le prêt-à-porter gagne du terrain, popularisant des matières comme le drap de laine, le satin, le taffetas, et donnant à chacune la possibilité de se réinventer.
Pour les hommes, la sobriété s’impose, mais sans sacrifier l’élégance. Le costume trois-pièces devient la norme : veste droite, gilet assorti, pantalon à plis marqués. On privilégie la robustesse de la toile de coton ou de la laine, gages d’allure et de longévité. Les cols se font plus souples, la cravate se décline dans toutes les variations, et le pardessus remplace peu à peu la redingote. Ici, le raffinement s’exprime dans le détail, discret mais efficace.
Quels styles et innovations ont marqué la mode féminine et masculine ?
Paris, laboratoire international de la mode, voit émerger une effervescence inédite. Les maisons de couture, poussées par l’envie d’innover, imposent de nouveaux standards. Poiret provoque avec ses lignes amples et colorées, brisant le carcan du corset. La Maison Chanel fait discrètement son entrée sur la scène parisienne : Coco Chanel ose le jersey pour le tailleur, imagine la petite robe noire, et esquisse une mode féminine plus libre, plus fonctionnelle.
Jeanne Lanvin, quant à elle, mise sur le raffinement. Soie, dentelle, satin, broderies minutieuses : elle sublime les matières, façonne une élégance intemporelle. Les mondaines, actrices et figures de l’aristocratie deviennent les ambassadrices de ces styles, influençant la presse et inspirant la création jusqu’au-delà des frontières françaises. Les illustrations de mode, les reportages, les commandes privées propagent ce souffle neuf.
La Première Guerre mondiale vient bouleverser la donne. Les hommes quittent les salons pour le front. Les femmes investissent l’espace public, forçant les maisons de couture à adapter leurs collections. Le vêtement gagne en praticité, sans renoncer à la distinction. La mode, alors, se fait le reflet d’une société en mouvement, portée par des figures pionnières, mais aussi par la capacité de l’époque à absorber les transformations et à en faire des atouts.
L’héritage des années 1910, entre modernité et inspiration contemporaine
Les podiums et les rues d’aujourd’hui s’imprègnent des années 1910, portés par une génération avide de liberté et d’audace. Les créateurs puisent dans cet héritage : coupes épurées, tissus raffinés, détails subtils. La décennie a laissé une empreinte tenace : la silhouette s’allège, la jupe se raccourcit, la taille s’assouplit, et ce souffle d’indépendance continue d’inspirer la création contemporaine.
L’influence des pionnières résonne encore. Paul Poiret et Coco Chanel, par leur refus de la contrainte, ont ouvert la voie à une mode engagée. Aujourd’hui, leurs idées irriguent les mouvements d’émancipation, du girl power à la revendication de l’égalité. Les influenceurs et la génération des millennials se réapproprient ces codes : ils jouent avec les archives, croisent l’ancien et le nouveau, et font de la mode vintage une force de transformation.
Quelques exemples illustrent ce dialogue entre passé et présent :
- Robes fluides en soie ou mousseline, clin d’œil aux années 1910
- Tailleurs sobres, lignes franches : héritage direct du vestiaire Chanel
- Accessoires graphiques, broderies stylisées : hommage discret aux ateliers d’autrefois
Le désir d’égalité et la quête d’autonomie féminine esquissés il y a plus d’un siècle irriguent toujours le discours actuel. Les archives ne dorment pas : elles inspirent, interpellent, bousculent. La mode continue de questionner, de s’inventer, et rappelle à chaque génération que le style, lui, ne se fige jamais.

